Les opposants au projet de réacteur nucléaire EPR à Penly ont donné de la voix mardi soir à Rouen à l’occasion du troisième rendez vous du Débat public organisé par la commission ad hoc, en insistant sur son inutilité économique autant que sur les risques inhérents à l’industrie nucléaire. Le thème “questions-réponses autour de la politique énergétique nationale“ devait permettre au maître d’ouvrage, EDF, et à ses détracteurs de situer dans un cadre européen, la nécessité de construire pour 4 Md€ un troisième réacteur de 1.650 MgW à la centrale de Penly qui en compte déjà deux de 1.300 MgW.
A Rouen, Europe-Ecologie, les Verts et France Nature Environnement avaient la parole, en débat avec le maître d’ouvrage, pour démonter « l’opportunité du projet, les modalités de mise en œuvre » et défendre une « stratégie énergétique » différente, notamment pour la Région de Haute-Normandie qui, elle, souffre d’un « défaut criant de stratégie globale ». Véronique Bérégovoy, vice-présidente (EE-Les Verts) du conseil régional de Haute-Normandie, a énuméré la « multitude de projets déconnectés les uns des autres » (terminal méthanier, centrales au charbon, production d’agrocarburant, ou même éolien offshore) qui « profitent de la libéralisation du marché de l’énergie, au gré des opportunismes du jour ». La part de la Haute-Normandie dans la production nette d’électricité est passée de 5,82% en 1970 à 11,78% en 2006, ce qui en fait la troisième productrice d’énergie en France. Pour les écologistes, « la stratégie énergétique est en réalité une hyper-concentration de la production ».
Cette analyse se heurte à la projection que font la plupart des dirigeants économiques et leurs institutions (CCI, chambres professionnelles et patronales) ainsi que la quasi totalité des formations politiques, à l’exception bien entendu, des Verts. Même si elle n’est pas intervenue à la séance rouennaise du débat public, la CCI de Dieppe résume la position des partisans : Penly-3« sera un nouveau souffle pour relancer l’économie locale ». Il « devrait permettre d’exploiter au mieux les atouts de ce territoire, et d’apporter une “impulsion“ économique susceptible de lui faire retrouver le chemin de la croissance ». En jeu : les 2.500 salariés de la phase du chantier et les 400 nouveaux emplois affectés au fonctionnement de la tranche 3 (exploitants et sous-traitants).
Sur ce terrain de l’intérêt économique régional, la gauche est tout en nuance. Les socialistes – dont les présidents des grandes collectivités – estiment qu’il faut utiliser l’atout en terme de développement local, de formation et de marchés pour les entreprises. Du côté du Front de gauche, la fracture est nette. Curieusement, la campagne des régionales a réuni la tête de liste Sébastien Jumel, maire (PCF) de Dieppe, partisan de Penly 3 et la militante trotskyste, Michèle Ernis (Gauche unitaire), farouchement opposé au nucléaire. Ils avaient acté leur désaccord. Pour l’extrême gauche, c’est non !
Parmi les “acteurs“ qui se sont déjà exprimés, l’Union locale CGT de Dieppe opte pour un discours en deux parties : d’une part l’approbation d’une « solution concrète » aux questions posées par le Grenelle de l’Environnement et le Sommet de Copenhague et « une réponse au besoin d’emploi durable » ; d’autre part l’exigence qu’il n’y ait « qu’un seul opérateur » pour l’EPR. « L’énergie doit rester sous contrôle public », clame la CGT. Le syndicat refuse « une société de projet comprenant plusieurs actionnaires » ce qui ouvrirait la voie à « une dilution des responsabilités conduisant à une moindre efficacité » . Tel qu’il est présenté par le maître d’ouvrage, Penly 3 sera bien construit en partenariat par EDF, GDF-Suez, Total, Enel et E.On.
« - Terrain nécessaire à la construction prévu dès l’origine pour accueillir quatre unités de production.
La situation en bord de mer offre les meilleures conditions pour le refroidissement de l’installation.
Le site bénéficie d’infrastructures d’évacuation d’énergie de capacité suffisante pour les trois unités, via les deux lignes de 400.000 volts existantes.
La similitude avec le site de Flamanville permettra de bénéficier de l’expérience acquise sur le chantier EPR de Flamanville-3.
Par ailleurs, la région Haute-Normandie possède une solide expérience des grands chantiers avec l’implantation d’installations nucléaires à Paluel et Penly et de nombreuses installations industrielles. Enfin, le projet Penly 3 a obtenu le soutien de nombreux acteurs locaux. »
Troisième réacteur EPR après Olkiluoto en Finlande et Flamanville en France (Manche) qui sont en construction. Il aura une puissance de 1.650 MW avec une production de l’ordre de 13 TWh d’électricité par an, soit plus de 2 % de la production française, pendant une durée prévisionnelle de 60 ans. Début de la construction (premier béton du réacteur) envisagé pour 2012.
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