A la tête de cette entreprise régionale depuis 4 ans, Marc Pérignon ne boude pas son plaisir. Depuis la fin du mois de décembre, Morisse-Nayrat est une « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV). « Ce label revêt un caractère particulier à nos yeux. Il consacre à la fois le côté traditionnel de nos activités, qu’il s’agisse de la réalisation d’engrenages ou de la rectification de moteurs thermiques. En effet, pour ces deux activités nous faisons appel à des techniques et des machines dont certaines ont plus de 60 ans. Mais ce label consacre également notre capacité à nous plonger dans l’avenir en incluant dans l’obtention de ce label, l’obligation pour les EPV de se projeter dans l’avenir grâce à l’innovation ».

Pour mieux comprendre ce dont il s’agit, une visite s’impose. Derrière le comptoir matériaux réservé aux professionnel (et collectionneurs avertis), quelques orfèvres travaillent à la rectification d’une véritable antiquité : un moteur de tracteur des années 50. « Nous maintenons ce type d’activité car il existe une réelle demande de la part des constructeurs automobiles mais aussi des collectionneurs. Nous avons ainsi remis en état de marche pour le compte d’un particulier un moteur d’avion de 1920. Mais par-dessus tout, si nous continuons toujours cette activité, c’est aussi parce que nous sommes les derniers à le proposer ». Loin de le laisser tomber aux oubliettes, Morisse-Nayrat a au contraire entrepris de pérenniser et de transmettre ce savoir-faire. Il n’est d’ailleurs qu’à franchir la porte de l’atelier pour s’en rendre compte.
Au cœur de l’outil de production trônent plusieurs machines d’un autre temps. « Il s’agit de tours sur lesquels nous utilisons de fraises spécifiques afin de concevoir des roulements en fonction de la demande de nos clients », précise Marc Pérignon. Une méthode de travail qui depuis des années a fait ses preuves et qui reste toujours d’actualité. « Comme il s’agit de machines relativement anciennes, nous formons régulièrement nos nouveaux collaborateurs de manière à entretenir le savoir ». Une transmission du savoir qui va bien au-delà puisque l’entreprise a récemment recruté le dernier affûteur formé sur la région. « Avec le départ en retraite du dernier professeur en exercice, cette formation n’est désormais plus dispensée. C’est maintenant notre affûteur qui est dépositaire de ce savoir », insiste le chef d’entreprise.
Mais si Morisse-Nayrat cultive le goût de la tradition, ses ambitions se tournent également vers l’avenir. « Si nos machines ont toujours donné entière satisfaction, il n’en demeure pas moins que certaines réalisations peuvent s’avérer plus compliquées que d’autres ». Plus compliquées, mais aussi plus coûteuses… En effet, pour l’entreprise, disposer de fraises spécifiques pour la réalisation d’engrenages constitue une immobilisation financière importante. En partenariat avec une prestigieuse école d’ingénieurs de la région, l’entreprise a procédé à l’étude puis à la réalisation d’une machine nouvelle génération.
« En travaillant avec les élèves de l’Insa sur notre projet de R&D, nous sommes parvenus à mettre au point une machine révolutionnaire qui vient de nous faire gagner au minimum deux années d’avance sur nos principaux concurrents. Un centre d’usinage 5 axes assisté par ordinateur », s’enthousiasme Marc Pérignon. Grâce à cette machine, plus la peine d’utiliser de fraises spécifiques, ni même de changer de machine pour réaliser le mortaisage ou un axe à denture spiro-conique. Un simple foret emmanché au bout d’un bras articulé fait désormais l’affaire.
Ainsi armée, l’entreprise espère bien traverser plus sereinement les mois à venir. « A cette nouveauté s’ajoute un profil clientèle qui nous met à l’abri d’un donneur d’ordres ou d’un secteur d’activité unique », ajoute le PDG. En effet, la somme du chiffre d’affaires des 10 meilleurs clients de Morisse-Nayrat n’excède pas les 30 % du CA total [1]. Une entreprise qui regarde également avec beaucoup d’intérêt les démarches à l’international.
[1] Entreprise de 47 salariés, Morisse-Nayrat réalise un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros auprès d’une clientèle essentiellement située dans le ¼ Nord-ouest de la France, de la Bretagne (où l’entreprise est actuellement à la recherche d’un VRP) au Pas-de-Calais.
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