Le plan de départs "volontaires" est entré en application à l’usine Renault de Sandouville
Quelque 245 salariés de l’usine Renault de Sandouville, près du Havre, avaient accepté, à la mi-décembre, l’offre de départ "volontaire" formulée en septembre par le groupe pour adapter son outil de production à la chute des ventes de véhicules. Quatre fois plus (1.067) ont pris contact avec la cellule mise en place à la mi-octobre pour expliquer aux candidats les différentes voies possibles. Installée aux portes de l’usine, cette cellule baptisée "espace-conseil" compte 17 conseillers appartenant à Renault ou au cabinet spécialisé Algoé. "Nous l’avons placée à l’extérieur du site pour permettre au conjoint de venir car un projet personnel est souvent porté par le couple", explique un porte-parole de l’usine.
L’écrasante majorité des "volontaires" a préféré partir en retraite un peu plus tôt que prévu, changer de métier en retournant en formation ou accepter une mutation dans une autre usine du groupe comme Cléon, Douai ou Guyancourt. Une douzaine seulement a choisi de créer une entreprise. Arnaud Fréval, 32 ans, est de ceux-là. Chef d’équipe dans le secteur "retouches peinture" il est devenu "débosseleur" itinérant. "Je me déplace chez le particulier ou le garagiste pour redresser les carrosseries qui ont subi une averse de grêle, un coup de caddie ou de portière", explique-t-il. Il démarre son activité doucement avec ses indemnités de départ, un petit pécule versé par Renault, sa voiture et ses outils mais sans local ni personnel.
Conducteur d’installations dans l’atelier de fabrication des échappements, Loïc Fronty, 27 ans, a lui aussi pris ce risque. Il a reçu de Renault 12.000 € et l’appui d’un conseiller pour se lancer dans la charpente, son premier métier. "Je m’étais toujours dit qu’un jour je pourrais créer mon entreprise, l’opportunité s’est présentée, j’ai hésité et je me suis décidé avec l’appui des amis et de la famille", raconte-t-il.
Le groupe s’est fixé l’objectif de 1.000 départs d’ici fin avril dans cette usine qui emploie 3.700 salariés. La direction locale se refuse à commenter les premiers chiffres et à préciser si elle pense que cet objectif sera atteint. De leur côté les syndicats restent inquiets pour l’avenir. "C’est comme pour les tickets de tombola, c’est plus facile à vendre au début qu’à la fin", résume de manière imagée Guy Vallot, secrétaire FO du Comité d’entreprise. Il estime que la direction tablait sur un nombre "beaucoup plus élevé" de candidats et dit toujours "craindre à terme un plan social pur et dur".
Patrick Mériat, délégué CFE-CGC, estime que les réticences des gens viennent de la crise économique. "Certes, la situation est difficile chez Renault mais l’entreprise est tout de même assurée d’une certaine pérennité alors qu’ailleurs tout apparaît incertain", suggère-t-il. Analyse voisine chez Josiane Kharo déléguée CGT. "Dans une région où le taux de chômage est nettement plus élevé que la moyenne et où l’automobile est le poumon ont comprend que les salariés hésitent", affirme-t-elle.
Ces départs s’accompagnent de la mise en place d’une nouvelle organisation du travail dans l’usine dont les plages d’ouverture vont être réduites "dans un souci d’économie et de rationalisation". Le travail par quarts va disparaître et l’usine ouvrira de 6h45 à 15h08 pour la fabrication et de 7h30 à 16h03 pour les fonctions supports. Aujourd’hui, l’usine est ouverte entre 5h25 à 21h50. "Ces horaires ont été négociés avec les syndicats qui voulaient ainsi éviter les embouteillages des heures de pointe", dit le porte-parole de l’usine. "Cela ne changera rien au problème de l’usine qui est le manque d’activité", dit pour sa part Guy Vallot.
Ce changement doit intervenir le 7 janvier date de la réouverture de l’usine après trois semaines d’arrêt pour faire dégonfler les stocks qui ne cessent de grossir malgré une réduction de la production tombée à 310 voitures par jour contre plus de 1.500 dans lors de la dernière période faste, les années 2002-03.
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