Les anciens contre les modernes, les pros contre les antis… Depuis toujours, la perception de notre quotidien est une source intarissable de luttes intestines ou de combats idéologiques. Une règle à laquelle le télétravail ne semble pas devoir déroger. Effet de mode, puis utopie ou plus récemment chantre de la fainéantise… le moins que l’on puisse dire, c’est que le télétravail n’a pas que des amis. Afin de donner une vision objective de cette nouvelle façon d’appréhender son activité, le « Tour de France du télétravail » a sillonné au mois de décembre 2012 les routes de l’Hexagone. En Normandie, une étape était organisée à Alençon, un territoire qui possède déjà un certain recul en la matière.
« A propos du télétravail, il y a beaucoup d’idées reçues et de clichés qui circulent. Ce tour de France est donc pour nous un excellent moyen de leur tordre le cou », explique Xavier de Mazenod, co-organisateur de l’étape normande et fondateur de Zevillage, site participatif d’information sur les nouvelles formes de travail. Lui-même est d’ailleurs installé dans l’Orne comme télétravailleur depuis 2004. Et première de ces idées reçues que les organisateurs ont battu en brèche lors cette matinée, celle selon laquelle le télétravail ne concerne qu’une minorité de travailleurs.
« Le télétravail en France concerne aujourd’hui 16,7 % de la population active, soit un salarié sur 5 », relève ainsi Nathanaël Mathieu. Sa société, LBMG Worklabs, fournit des services et solutions pour mettre en œuvre le télétravail et créer des espaces de travail flexibles (coworking, télécentres…). Elle est aussi l’une des co-organisatrices de ce tour de France.
Tordre le cou aux idées reçues…
Pour beaucoup de détracteurs, le télétravailleur est une personne coupée du monde réel et qui attend chez elle qu’un mail veuille bien tomber comme par magie pour lui donner du travail. Une personne qui cherche également à profiter du calme de son jardin à la campagne… La réalité est heureusement tout autre. « Aujourd’hui bien plus de personnes qu’on ne le pense ont recours au télétravail. Il y a ceux qui sont clairement identifiés comme tels, mais vous avez également de nombreux cadres qui, avec leur clé 3G en déplacement ou avec leur accès internet personnel, travaillent de chez eux le soir. C’est du télétravail. Mais sans cadre légal », souligne Nathanaël Mathieu.
Outre les arguments classiques comme la concentration accrue et l’efficacité du télétravailleur (mais attention, n’est pas télétravailleur qui veut), le télétravail se positionne aujourd’hui comme un rempart à la crise. « Dans la vraie vie, les travailleurs ne résident pas dans leurs entreprises, et les usines ne sont pas plus installées au cœur des villes. Le télétravail peut donc permettre, quand le poste est réfléchi entre le collaborateur et son entreprise, de limiter le nombre de kilomètres, car il est possible de ne faire du télétravail que 3 jours par semaine », souligne Xavier de Mazenod. C’est ce que certains appellent le « 13ème mois télétravail », l’économie de carburant réalisée pouvant atteindre suivant les calculs quelques 1 500€ sur l’année…
De plus, le télétravail ne se fait pas que chez soi. Il peut également se pratiquer dans des espaces de télétravail pour lesquels les collectivités, venues en force lors de cette matinée d’information, apportent de plus en plus de crédit et d’intérêt. Cet outil d’attractivité permet en effet d’attirer de nouveaux résidents et de redynamiser des zones rurales.
Mais quels que soient ses atouts, le télétravail doit avant tout être réfléchi et pensé avec son entreprise ou son manageur. « Il est impératif de disposer d’une relation de confiance », a ainsi prévenu en s’adressant à l’assistance Lucie Collet, chargée de marketing au sein d’un groupement d’employeur. « A titre personnel, je ne conçois pas ma fonction à 100 % en télétravail. La relation avec les équipes est primordiale. Mais lorsque je suis chez moi, je suis au travail. Au début, lorsque l’on me téléphonait, la première question était « je ne te dérange pas ? ». Aujourd’hui cette époque est révolue et c’est bien mon efficacité que recherchent mes employeurs ».

Complément d’information au micro de Jacques-Olivier Gasly
Pourquoi un tour de France du télétravail ? (Xavier de Mazenod)
Impérativement accompagner le télétravail (Nathanaël Mathieu)
Quels métiers pour le télétravail ? (Nathanaël Mathieu)
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