Le comité de pilotage sur le projet de liaison ferroviaire Paris-Normandie a retenu mardi 15 février trois scenarii qui seront affinés en vue de leur transmission à la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) qui devraient décider de l’organisation d’un Débat public à l’automne 2011.
Cette réunion a permis de déterminer la fourchette des coûts prévisionnels de chaque scénario qui vont de 6 à 9 milliards d’euros. Le dernier comité de pilotage que préside le préfet Jean-Pierre Duport, ancien président de RFF, se tiendra en mai prochain. A cette occasion, des estimations financières plus fines seront apportées.
Le sentiment du “bon travail accompli“ était de mise parmi les membres du comités, élus des principales collectivités se situant sur le parcours. « Le débat public débutera bien à l’automne prochain permettant ainsi à chacun d’apporter sa contribution sous forme de cahiers d’acteurs », s’est réjouit Alain Le Vern, président (PS) du conseil régional de Haute-Normandie. Le nouveau maire et président de l’agglomération du Havre, Edouard Philippe (UMP) qui est en quelque sorte le “petit dernier“ du comité a constaté le haut degré d’engagement de tous les acteurs territoriaux : maires de Rouen, de Caen, d’Evreux et présidents des agglomérations, présidents des départements, des Régions… « Tout le monde est là. Il n’y a pas un absent à la table et tout le monde est pour. C’est déjà pas mal », observe Edouard Philippe en se réjouissant que « le travail avance » même s’il reste « beaucoup d’étapes à franchir ». Le plus important est que tous les tracés envisagés « respectent le principe que Le Havre sera à 1h15 et Rouen à 45 mn de Paris ». Pour mémoire, en 1975 les meilleurs trains (avec supplément) mettaient 1h45 et 55 mn sur ces mêmes trajets.
Reste que sans l’écrire encore, c’est vers un retour à la case départ telle qu’elle avait été dessinée par le secrétaire d’Etat aux Transports au début 2009, que s’orientera inévitablement le projet. A savoir un projet qui repose sur le doublement de la ligne entre Mantes et Paris, la nouvelle étant dédiée aux relations entre Paris, le réseau TGV et la Normandie (vers Rouen-Le Havre et Evreux-Caen). Le coût de construction de la trentaine de kilomètres de ligne nouvelle représenterait à lui seul les deux-tiers des 6 à 9 Md€ cités plus haut puisqu’elle traverserait des zones fortement urbanisées avec des obstacles naturels à franchir ou à protéger (vallée de Seine, forêts). S’y ajoute l’exigence unanime de « déverrouillage » du nœud ferroviaire rouennais avec la construction d’une nouvelle gare dans l’agglomération rouennaise.
« En conséquence, exprime M. Le Vern, un phasage des priorités devra être rapidement acté afin d’engager les études de manière plus approfondie en tenant compte de la large concertation déjà réalisée sur les différentes hypothèses de la gare de Rouen. Dans le même temps, l’ensemble des partenaires doit se prononcer sur le montant des financements qu’il est en capacité de mobiliser. Ce sera l’instant de vérité où chacun devra faire état de ses intentions quant à sa contribution financière. »
Le président du conseil régional a proposé la mise en place d’un fonds d’anticipation où chaque collectivité pourra provisionner sa participation financière. D’ici à 2020, la Région Haute-Normandie contribuerait à hauteur d’environ 20 M€ chaque année.
Une proposition que le maire du Havre juge « intéressante. Je salue l’idée mais je ne suis pas sûr que les montants soient à la hauteur de ce qui sera nécessaire », s’interroge Edouard Philippe qui soutient que si les chiffres publiés (certains vont jusqu’à 12 milliards d’€) sont élevés, en réalité, « ils sont comparables aux autres projets ».
Reste à savoir quelle sera le niveau d’engagement financier de l’Etat. Sur ce point, Laurent Fabius a exigé que l’Etat se prononce clairement avant le deuxième rendez-vous de l’Axe Seine prévu à Rouen en mai prochain.
Du côté d’Europe-Ecologie Les Verts, on constate une convergence avec la position défendue par M. Le Vern. « Notre priorité est l’amélioration à court terme de l’existant, insiste David Cormand, président du groupe EELV, la réalisation du Mantois et le noeud ferroviaire sur la rive gauche de l’agglomération de Rouen afin de garantir au plus grand nombre des trains qui partent et arrivent à l’heure. Le “fantasme LGV“ retarde d’autant les initiatives à prendre d’urgence. L’enjeu du rapprochement de la Normandie à Paris ne peut pas conduire à sacrifier encore les lignes intermédiaires. »
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